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Comment repenser la politique familiale en France?

Intervention de Véronique Guillotin

Véronique GUILLOTIN

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Mme Véronique Guillotin. Monsieur le président, madame la ministre, chers collègues, ma question porte également sur la proposition de directive européenne concernant l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle des parents et aidants.

Depuis plusieurs mois, la France, avec d'autres pays européens, bloque la signature d'un accord sur l'une des dispositions de cette directive : l'harmonisation européenne du congé parental.

Je ne vous apprendrai rien, madame la ministre, en rappelant que le congé parental est aujourd'hui pris, dans la très grande majorité des cas – 96 %, chiffre qui n'a pas évolué depuis dix ans –, par les femmes. Sa rémunération, qui s'établit à moins de 400 euros, est la plus faible des pays de l'OCDE qui proposent un congé parental rémunéré. Un tel niveau de rémunération dessert l'égalité entre les femmes et les hommes, puisqu'il n'est acceptable que par le partenaire dont le salaire est le moins élevé, c'est-à-dire la femme dans la majorité des cas.

La proposition de directive prévoit un alignement de la rémunération du congé parental sur les indemnités maladie, soit 50% du salaire journalier, ce qui, pour la France, ferait passer le coût de moins de 400 euros à 950 euros en moyenne.

En Allemagne, où l'indemnisation du congé parental est portée à 67 % du salaire net, le taux de recours, pour les pères, est passé de 3 % à 25 % ces dernières années. En Suède aussi, une formule offrant un congé spécifique pour le père et une indemnisation élevée a permis d'augmenter la part des hommes dans le recours au congé parental.

J'ai conscience du coût d'une telle mesure, mais la facture pourrait se révéler moins élevée que prévu, car la pression sur le système d'accueil du jeune enfant se trouverait réduite, des places en crèche seraient libérées et les recettes fiscales augmenteraient. Les dépenses augmenteraient d'un côté, mais baisseraient de l'autre.

Cette mesure permettrait également de réduire les inégalités dans le monde professionnel, puisque les ruptures dans les carrières seraient partagées entre les deux sexes.

Il s'agit aussi d'une mesure d'harmonisation européenne, harmonisation prônée par le Président de la République. Ce serait la première pierre d'un socle commun de droits sociaux pour l'Europe.

Je sais, madame la ministre, l'engagement du Gouvernement pour l'égalité entre les hommes et les femmes, mais j'ai bien entendu que ce sujet n'était pas une priorité du Gouvernement. Toutefois, des mesures ne pourraient-elles pas être prises afin de réduire les inégalités entre hommes et femmes et d'accompagner au mieux les premières années de vie des enfants ?

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé. Madame la sénatrice Véronique Guillotin, la France ne bloque pas l'adoption de cette proposition de directive européenne. Elle négocie avec ses partenaires pour parvenir à un compromis qui corresponde à nos choix culturels, notamment à ceux que nous avons faits en faveur du travail des femmes et d'un meilleur accompagnement de leurs choix.

En France, le congé parental est pris, dans la très grande majorité des cas, par les femmes. Le congé de paternité est très peu utilisé. Le rapport de Mme la députée Marie-Pierre Rixain sur ce sujet doit m'être remis aujourd'hui.

Notre priorité, comme l'a annoncé le Président de la République, est plutôt d'élargir le congé de maternité afin de permettre à toutes les femmes qui travaillent, y compris les indépendantes, d'en bénéficier au même titre que les salariées. Il s'agit, vous le savez, d'une demande forte des professions indépendantes.

Notre priorité aujourd'hui est de faire des choix qui répondent aux attentes de notre société. Cela ne signifie pas que nous n'avons aucune ambition quant au congé parental. Nous trouverons un compromis d'ici au 21 juin. Toute la politique que nous menons aujourd'hui vise à ce que les femmes aient le choix et que les femmes comme les hommes puissent concilier au mieux vie professionnelle et vie familiale, au plus grand bénéfice de l'enfant. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche.)

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