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Débat sur l'intelligence artificielle, enjeux économiques et cadres légaux

Joël LABBE

La parole est à M. Joël Labbé. (M. Joël Labbé monte à la tribune.)

Monsieur Labbé, vous avez choisi, puisque vous êtes le premier orateur, de venir à la tribune. Toutefois, les intervenants suivants pourront rester à leur place.

M. David Assouline. Les écologistes sont très formels ! (Sourires.)

M. Joël Labbé. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'État, mes chers collègues, l'intelligence artificielle, c'est a priori quelque chose qui me donne un grand vertige. (M. Gérard Longuet s'exclame.) J'y vois l'illustration des plus fantastiques progrès humains, mais aussi le risque de ce qui peut être le plus abominable à l'échelle humaine ! Ainsi, monsieur le secrétaire d'État, vous avez évoqué des robots tueurs autonomes – pourquoi pas ? Jusqu'où allons-nous aller ?

Je veux saluer l'initiative prise par le groupe Les Indépendants – République et Territoires de lancer ce débat, ainsi que la présence de M. le secrétaire d'État. Aucun débat ne doit être tabou, surtout celui-là, parce que c'est maintenant ou jamais qu'il faut se poser les bonnes questions.

Je prendrai le simple exemple des modes de déplacement des personnes et des marchandises avec les véhicules autonomes, dont on prévoit les premiers exemplaires sur le marché au début de 2020, avec une généralisation à partir de 2030. Ces derniers vont remplacer progressivement plusieurs millions de travailleurs : les chauffeurs de poids lourds en premier, puis les chauffeurs de taxis et autres VTC, enfin les chauffeurs de bus et autres transports en commun.

Il s'agit d'une occasion extraordinaire en termes de sécurité, de confort, de productivité, de diminution des impacts environnementaux.

Toutefois, cela crée de profondes inquiétudes. Tout d'abord, dans un marché du travail qui va perdre plusieurs millions d'emplois, lesquels seront remplacés par seulement quelques centaines de milliers d'emplois hautement qualifiés dans les hautes technologies, quels mécanismes devons-nous mettre en place pour partager les richesses créées par cette intelligence artificielle et financer les nécessaires emplois dans les services publics, notamment ceux qui sont liés à l'aide à la personne, dont on sait que l'on va en avoir un besoin croissant avec le vieillissement de la population française et européenne ?

Dernière interrogation, que vous avez vous aussi soulignée, sommes-nous en mesure d'impulser les dynamiques nécessaires au niveau national et international afin de traiter de l'ensemble des questions éthiques essentielles qui vont se poser de manière aigüe au fur et à mesure des développements de cette intelligence dite « artificielle » ?

M. le président. La parole est à M. le secrétaire d'État.

M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargé du numérique. Monsieur le sénateur, comme je l'ai rappelé dans mon propos introductif, qu'il me faudra peut-être rendre un peu plus explicite, nous n'avons rien à subir : l'intelligence de l'homme devra toujours être supérieure à l'intelligence artificielle ; il faut simplement que nous tracions un chemin.

Notre intelligence est supérieure dans le sens que c'est à nous de décider où doit aller l'intelligence artificielle ; c'est en fonction de nos valeurs qu'il nous faut désigner quel chemin nous souhaitons emprunter.

Il existe plusieurs familles de valeurs et, partant, plusieurs chemins possibles pour l'innovation et l'évolution technologique. Plus je voyage et plus je rencontre mes camarades au Conseil des ministres de l'Union européenne, plus je constate qu'il existe une façon européenne et même une façon française de penser l'innovation et le numérique, qui consiste dans un équilibre entre performance et humanité.

Performance, parce que nous sommes une nation d'ingénieurs : nous voulons faire plus avec moins, et ainsi créer plus de valeur pour les hommes. Humanité, parce que nous avons en permanence le souci des conséquences de nos actes et des évolutions technologiques sur l'emploi, sur nos vies et sur la transformation de notre société.

Il existe cependant d'autres familles de pensée, d'autres civilisations. Dans d'autres lieux dans le monde, on cherche l'innovation, l'avancée technologique, coûte que coûte ; il faut toujours aller plus loin et plus vite dans la performance, sans nécessairement raisonner avec le même système de valeurs que le nôtre. Eh bien, tout l'enjeu, pour l'Europe et pour la France au niveau européen, ce sera d'influencer ce schéma.

Certains parmi vous, mesdames, messieurs les sénateurs, voudront certainement évoquer le fonds d'investissement commun dont il est question en ce moment à l'échelle européenne. Il faut pourtant savoir au nom de quelles valeurs, vers quelles technologies et pour quel usage il sera créé. Notre rôle, que j'ai pris à cœur dans tous les échanges que j'ai pu avoir avec les représentants des autres pays, est de rappeler ces valeurs.

C'est pourquoi, quand on évoque les impacts, une question que vous avez soulevée et à laquelle je répondrai très certainement plus tard dans ce débat, je me pose toujours, en même temps, les deux questions suivantes : n'ai-je pas diminué la capacité de performance de notre pays ? Ai-je bien traité tous les sujets qui concernent l'homme ? (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche.)


Visualisez la vidéo sur le site du Sénat :

http://videos.senat.fr/senat/2017/10/encoder1_20171025141829_1_2276602_2798819.mp4
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