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Débat sur le fonctionnement du service public de l'éducation, sur la perte de repères républicains dans les établissements scolaires et sur les difficultés des enseignants

Mme la présidente. La parole est à M. François Fortassin.

M. François Fortassin. Madame la présidente, madame la secrétaire d'État, mes chers collègues, permettez-moi de vous dire que mon discours aura une tonalité légèrement différente du précédent... (Heureusement ! sur plusieurs travées du groupe socialiste et républicain et du groupe CRC.)

M. David Rachline. On n'en doute pas !

M. François Fortassin. En effet, je suis, personnellement, un enfant de l'école publique et républicaine.

Mme Brigitte Gonthier-Maurin. Nous aussi !

M. Jacques-Bernard Magner. Nous sommes nombreux à l'être dans cet hémicycle !

M. François Fortassin. Or les valeurs que dispense cette école publique et républicaine sont, à mes yeux, essentielles pour former des citoyens.

Bien entendu, cela ne signifie pas que notre modèle scolaire, bâti au XIXe siècle, ne peut connaître aucune évolution. Mais les axes de référence demeurent les mêmes, n'en déplaise à certains.

Cette mise au point étant faite, je vous prie d'excuser l'absence de ma collègue Françoise Laborde. En tant que présidente de la commission d'enquête, elle avait demandé la tenue de ce débat, mais la date finalement retenue pour son inscription à notre ordre du jour ne lui permet pas d'être parmi nous, en raison d'engagements auxquels elle ne peut se soustraire. Elle m'a chargé de vous dire combien elle était satisfaite d'avoir pu conduire ce travail de fond, durant six mois, aux côtés des membres de la commission d'enquête et des services du Sénat qui les ont assistés.

Une seule équipe pédagogique a refusé de faire part de ses expériences à la commission d'enquête, sur les 170 personnes rencontrées hors les murs. À cette exception près, la parole s'est libérée, sans tabou. Les faits relatés, les souffrances morales, la passion et les compétences se sont dévoilés pour être partagés.

Il est inutile de revenir sur les événements qui ont servi de justification à la création de cette instance de contrôle, à la demande du groupe Les Républicains : le rapport les développe largement.

Madame la secrétaire d'État, en tant que présidente de la commission d'enquête, Françoise Laborde tient néanmoins à vous faire part de sa satisfaction. En effet, certaines des préconisations formulées par la commission d'enquête, parmi celles qui lui tenaient le plus à cœur, ont d'ores et déjà été reprises dans les annonces de la rentrée scolaire. C'est le cas, notamment, de la priorité donnée à l'apprentissage du français.

Dans ce domaine, la simplicité est certainement la plus grande des qualités. À ce titre, je ne résiste pas à la tentation de citer, sans préciser son nom, un précédent ministre, qui avait signé la préface d'un ouvrage de pédagogie, dont on pouvait dès lors considérer qu'il l'avait lu. Il avait eu cette phrase magnifique pour illustrer un propos principalement consacré à la simplicité : pour évoquer les enfants jouant dans la cour de récréation, éventuellement avec un ballon de rugby, il écrivait : « Les apprenants tentent de maîtriser le paramètre rebondissant aléatoire dans un espace interstitiel de liberté. » (Sourires.)

M. Jacques Grosperrin, rapporteur. Vive les pédagogues !

M. François Fortassin. Tout le monde l'aura compris, en la matière, la simplification était au rendez-vous… (Nouveaux sourires.)

Mais j'en reviens au rapport, qui conclut à la nécessité de donner priorité à l'apprentissage du français, par un plan d'action global pour la maîtrise de la langue, ou encore à la formation des enseignants et à la grande mobilisation de l'école sur les valeurs de la République, « pour une école exigeante pour la réussite de tous les élèves, une école dans laquelle tous les élèves acquièrent les connaissances, les compétences et la culture requises dans notre société, une école qui permet, à tous, de mieux apprendre. »

Mes chers collègues, quand il s'agit d'affirmer des convictions profondes, je ne recule pas devant l'idée d'égratigner certaines personnes. Moi qui suis laïque jusqu'au bout des ongles et qui, dans une vie antérieure, ai été professeur d'histoire-géographie, je serais heureux que la notion de laïcité imprègne l'ensemble des enseignants de l'école publique, pour ne pas dire la totalité.

M. Jacques Grosperrin, rapporteur. De l'école publique et de l'université !

M. François Fortassin. Tel n'est pas toujours le cas,...

M. Jacques-Bernard Magner. Exact !

M. François Fortassin. … et ce n'est pas en cachant cette réalité que l'on améliorera les choses.

Dès l'instant où l'on s'engage dans cette profession, on doit en avoir les bénéfices, qui, c'est clair, ne sont pas financiers, mais qui se traduisent par une grande richesse, sur les plans du contact avec les élèves comme de la connaissance. Néanmoins, on doit également répondre aux exigences que la société peut fixer pour l'ensemble du corps enseignant de ce pays.

Ce n'est pas, de ma part, une critique violente ou virulente. C'est tout simplement un constat de bon sens.

M. Jacques-Bernard Magner. Il est bon de le rappeler !

M. François Fortassin. Ensuite, l'école ne peut pas résoudre tous les problèmes de notre société. On ne peut pas tout lui demander !

Enfin, l'éducation nationale, institution de la République, doit fonctionner de manière identique sur l'ensemble du territoire, en respectant les personnalités de chacun et en veillant à combattre les inégalités.

J'ai été un temps, par plaisir, professeur d'occitan. Je n'y voyais que des avantages. À vrai dire, j'apprenais surtout à mes élèves à chanter en gascon… (Sourires.) Toutefois, il ne faut pas tout mélanger : la base de l'apprentissage doit être la maîtrise du français.

Au-delà des difficultés spécifiques à chaque établissement et des disparités qui se font jour, l'une des missions de l'éducation nationale est aussi de donner à chacun de ses acteurs un certain nombre de réponses communes.

Mme la présidente. Veuillez conclure, mon cher collègue.

M. François Fortassin. Or, parmi la vingtaine de propositions formulées dans le rapport, à court et à moyen terme, pour consolider l'avenir, ce qui suffit aux uns ne répond peut-être pas à la problématique des autres.

Bien entendu, il faut donner aux équipes pédagogiques les moyens dont elles ont besoin.

Pour les membres du RDSE, l'adhésion à toutes les valeurs de la citoyenneté doit être l'axe majeur de toute politique éducative dans notre pays !

Je vous remercie de votre attention, mes chers collègues, et je prie Mme la présidente de bien vouloir m'excuser si j'ai quelque peu dépassé mon temps de parole.


Visualisez la vidéo sur le site du Sénat :

http://flvog.tdf-cdn.com/7325/VOD/gouvernement/2015/DG20151012-04-fortassin.flv
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