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Question d'actualité au gouvernement concernant les conclusions du rapport Descoings

M. le président. La parole est à M. Jean-Pierre Chevènement.

M. Jean-Pierre Chevènement. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'éducation nationale.

M. Didier Boulaud. Il s'en moque, il est déjà place Vendôme !

M. Jean-Pierre Chevènement. Monsieur le ministre, nous avons pris connaissance des préconisations du rapport sur la réforme des lycées remis par M. Descoings au Président de la République.

Je suis surpris de l'absence d'analyse d'ensemble des besoins de notre pays dans les prochaines décennies. Nulle part n'est mentionné le déclin général des études scientifiques, particulièrement dans l'enseignement supérieur, déclin symptomatique d'une méconnaissance des exigences de l'avenir dans un monde qui sera marqué par une compétition avec les grands pays émergents de l'Asie, riches de leurs élites scientifiques et technologiques.

En France, le taux de bacheliers de la série S s'orientant vers des études scientifiques supérieures est passé de 65,5 % en 1995 à 51 % en 2004, selon un rapport de l'inspection générale de votre ministère.

Ce serait à mes yeux une erreur de mettre en cause la filière S, dite scientifique, comme le fait par exemple Le Monde daté d'aujourd'hui en qualifiant le baccalauréat S de « super-bac », de « bac ès-bourgeoisie », au motif que cette filière, ressentie comme d'excellence, attirerait les élèves considérés comme étant les meilleurs.

Ce serait une erreur de vouloir dévaloriser cette filière sous prétexte d'effacer, dans l'école publique, non pas les inégalités, mais la perception de celles-ci. Sans doute peut-on y augmenter encore la part des disciplines scientifiques, comme le propose d'ailleurs M. Descoings, mais il convient surtout de revaloriser les autres filières.

M. Paul Raoult. Les filières professionnelles !

M. Jean-Pierre Chevènement. Une vision républicaine de l'école doit se fonder sur l'intérêt et les besoins du pays, se donner pour objectif de maintenir la qualité de l'école et celle de la filière S, de revaloriser les autres filières, les séries technologiques industrielles et la filière professionnelle, en leur consacrant plus de moyens humains et en y améliorant les conditions de travail.

Un tel choix impliquerait la mise en œuvre d'un plan d'ensemble élaboré en concertation avec les régions, qui maîtrisent l'investissement et la gestion des personnels de service. Cela demanderait des moyens, et une orientation progressiste se reconnaîtra au fait que ces moyens ne seront pas marchandés.

Par ailleurs, il peut être judicieux d'introduire des matières scientifiques dans les autres filières générales, en particulier la filière littéraire. La suppression des séries A et C, en 1993, a été une erreur.

M. le président. Veuillez poser votre question, mon cher collègue !

M. Jean-Pierre Chevènement. Je conclus, monsieur le président.

Les enfants des classes populaires ont besoin d'une école structurée et de qualité. Leurs parents n'ont pas la possibilité de recourir à des cours particuliers ou à des écoles privées. Il ne suffit pas de réserver un quota de places aux bacheliers technologiques dans les filières sélectives post-baccalauréat : c'est là une préconisation par défaut.

S'agissant de l'organisation des filières au lycée, quelles mesures le Gouvernement entend-il prendre, hors de toute perspective d'égalitarisme niveleur, pour former en grand nombre les élites scientifiques et technologiques dont la France a besoin ? (Applaudissements sur diverses travées.)

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Didier Boulaud. Il a déjà fait ses cartons pour la place Vendôme !

M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale. Monsieur Chevènement, vous abordez un sujet que vous connaissez bien.

D'un côté, nous avons les filières professionnelles et les filières technologiques, qui offrent des débouchés et un fort taux d'insertion, mais dont le vivier est insuffisant pour les alimenter de manière régulière ; de l'autre, nous avons les filières générales, dont la série S, qui attire les meilleurs élèves et leur offre la possibilité d'acquérir un assez bon niveau dans les disciplines scientifiques, bien que la majorité d'entre eux ne se destinent pas à devenir mathématiciens ou physiciens mais souhaitent plutôt poursuivre leurs études dans une école de commerce, par exemple, voire dans une classe préparatoire littéraire.

Il convient aujourd'hui de renforcer l'attractivité des filières professionnelles et des filières technologiques.

M. Didier Boulaud. Vous êtes au pouvoir depuis sept ans !

M. Xavier Darcos, ministre. C'est le souhait du Président de la République, encore renouvelé hier après-midi lors d'une rencontre avec des lycéens.

Dans cette perspective, le Gouvernement a déjà largement engagé la réforme de la filière professionnelle.

M. Didier Boulaud. Depuis 2002, il était temps de s'y mettre !

M. Xavier Darcos, ministre. À la rentrée prochaine, l'instauration du baccalauréat professionnel en trois ans rendra cette filière plus attractive. Les effectifs devraient s'y accroître de près de 70 000 élèves.

Les filières technologiques et industrielles doivent être rénovées sans cesse, en concertation étroite avec les professionnels, pour suivre les mutations de la technologie et de l'industrie.

M. Didier Boulaud. Dépêchez-vous avant la fin du siècle !

M. Xavier Darcos, ministre. Tout cela se résume finalement à un mot : orientation.

Conformément à diverses préconisations, notamment celles de M. Descoings, le Gouvernement a mis en place un service d'orientation entièrement rénové. Il permettra de faire découvrir aux élèves, dès le collège, le monde professionnel, d'établir un diagnostic personnalisé de leurs projets et de les accompagner. Il permettra surtout, grâce à un dispositif que nous avons mis en œuvre sur internet, de faire connaître les lieux et les possibilités de formation. Ainsi, tout le monde sera placé sur un pied d'égalité en matière d'information.

M. le président. Veuillez conclure, monsieur le ministre !

M. Xavier Darcos, ministre. Monsieur Chevènement, il s'agit effectivement d'une question économique, car une nation qui ne formerait ni ingénieurs ni savants s'appauvrirait, mais c'est aussi une question de justice sociale. C'est pourquoi la politique conduite en matière d'éducation par le gouvernement de François Fillon est d'abord fondée sur l'équité. (Applaudissements sur les travées de l'UMP et de l'Union centriste.)

 


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