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Débat d'orientation sur les conclusions de la mission commune d'information sur la prise en charge de la dépendance et la création d'un cinquième risque

Intervention de monsieur Jean-Michel Baylet

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M. le président. La parole est à M. Jean-Michel Baylet.

M. Jean-Michel Baylet. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, nous vivons de plus en plus longtemps : on peut s'en réjouir ! La France devrait compter, selon les prévisions de l'INSEE, 4 millions de personnes âgées de plus de 80 ans en 2020, et 11 millions en 2050.

Malheureusement, l'allongement de la durée de la vie s'accompagne souvent d'une perte d'autonomie, ce qui nous impose de réfléchir aux moyens d'accompagner aux mieux nos aînés, de répondre à leurs besoins, et de leur permettre de vivre dans le respect et la dignité. Nous sommes donc confrontés à un véritable enjeu de société, à un défi social considérable.

« Je créerai une cinquième branche de la protection sociale pour consacrer suffisamment de moyens à la perte d'autonomie et garantir à tous les Français qu'ils pourront rester à domicile s'ils le souhaitent ». Ces propos, vous le savez, ont été tenus par le Président de la République en 2007, lorsqu'il annonçait la mise en œuvre d'une « grande politique de la fin de vie ». Il aura tout de même fallu patienter quatre ans avant que le débat ne soit enfin engagé !

La question qui se pose désormais est simple : quelle politique mettre en place, et avec quels moyens, pour assurer la prise en charge de la perte d'autonomie, qui frappe de plus en plus souvent certains de nos concitoyens ?

Sur un tel sujet, les radicaux attendent un texte ambitieux et respectueux des valeurs humanistes qui sont au cœur de notre pacte républicain. Hélas ! les dernières déclarations du Président de la République remettent en cause les promesses de création d'une cinquième branche de la protection sociale fondée sur la justice sociale et la solidarité nationale, création qu'il appelait pourtant de ses vœux en 2007, à grand renfort de tambours et trompettes.

Madame la ministre, vous envisagez d'intégrer dans le processus les mutuelles, les compagnies d'assurance et les organismes de prévoyance. Ce choix regrettable est également préconisé par le rapporteur de la mission commune d'information du Sénat, M. Alain Vasselle. Quant à la député Valérie Rosso-Debord, elle va bien au-delà puisqu'elle propose, dans son rapport, de rendre obligatoire dès l'âge de 50 ans la souscription d'une assurance contre la perte d'autonomie, dispositif voué à se substituer progressivement à l'allocation personnalisée d'autonomie.

Nous déplorons ces différentes orientations. Parce que les finances publiques sont confrontées à des déficits abyssaux - une situation très bien décrite par Philippe Marini ! -, nos concitoyens devraient donc recourir aux assurances privées ? Je considère, au contraire, que la prise en charge de la perte de l'autonomie ne doit pas s'inscrire dans une logique assurantielle qui, nous le savons, aggraverait les inégalités entre les plus aisés et les plus modestes. Tel n'est pas, je l'imagine, le but que vous recherchez !

En revanche, je suis favorable à la proposition de M. le rapporteur, lequel préconise l'instauration d'un mécanisme de gage patrimonial optionnel, différent du recours sur succession mis en œuvre dans le cadre de la prestation spécifique dépendance, certains d'entre nous s'en souviennent. Limité à 20 000 euros, ce gage ne concernerait que les personnes choisissant de bénéficier de l'allocation à taux plein et dont la valeur du patrimoine est supérieure à 150 000 ou 200 000 euros - le seuil reste à fixer -, c'est-à-dire déjà assez élevée. L'économie ainsi dégagée pourrait donc être redéployée par les conseils généraux afin d'améliorer la situation des personnes âgées dépendantes les plus démunies.

En effet, nous le savons, l'enjeu financier est considérable. Les départements sont véritablement asphyxiés par le financement de l'APA. Rappelons-le, le poids de cette prestation était, pour 2010, de 5,5 milliards d'euros, le nombre de ses bénéficiaires ayant quasiment doublé depuis 2002, c'est-à-dire depuis que la prestation spécifique dépendance a été remplacée par l'allocation personnalisée d'autonomie.

Certes, les conseils généraux sont, du fait de leur proximité avec les administrés, les plus aptes à évaluer les situations individuelles et à coordonner les actions avec les principaux partenaires. Toutefois, leurs ressources fiscales désormais inexistantes et la rigueur implacable de l'État, qui a déjà gelé les dotations, ne leur permettent plus de faire face à leurs dépenses en général, notamment à celles qui sont liées à I'APA. En outre, les transferts massifs de compétences qui ont été effectués n'ont pas été accompagnés, pour les départements, des compensations nécessaires qu'il aurait pourtant été indispensable et juste de leur verser.

Mes chers collègues, ce désengagement organisé de l'État est inacceptable. En effet, lors sa création, la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie était censée financer l'APA pour moitié, mais sa part a chuté de 50 % en 2002 - seule année, je le rappelle, où les engagements ont été tenus - à moins de 30 % aujourd'hui ! Les conseils généraux sont donc contraints de pallier les carences de l'État ; l'urgence est patente.

Madame la ministre, comment comptez-vous les aider à sortir de l'impasse financière dans laquelle la récente réforme de la fiscalité locale les a placés ? J'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer à ce sujet en décembre dernier, lors de l'examen de trois propositions de loi identiques et relatives à la compensation des allocations individuelles de solidarité versées par les départements, textes déposés par les sénateurs de l'opposition. Je vous avais alors alertée sur l'urgence d'octroyer aux conseils généraux les ressources financières nécessaires pour assumer les compétences que la loi leur attribue. En vain !

La mission sénatoriale préconise - utilement - le partage de la charge de I'APA selon une règle de stricte égalité entre l'État et les départements. Je m'en félicite, car ce serait le juste retour du respect des engagements pris.

Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre. Aucun engagement n'a été pris !

M. Jean-Michel Baylet. Dans le même ordre d'idée, il serait également souhaitable que les décisions en matière d'action sociale soient également partagées, car les conseilleurs, voire les décideurs, ne sont pas toujours les payeurs.

En tout état de cause, la prise en charge de la dépendance ne doit pas se limiter au seul aspect financier. Elle doit être envisagée dans sa globalité, notamment et même surtout dans sa dimension humaine. Je pense tout particulièrement à la place primordiale des aidants, dont je tiens à saluer le dévouement. La prise en charge des personnes âgées repose fortement sur ces 3,5 millions de non-professionnels qui, il est vrai, sont souvent des membres de la famille. Les aidants ont besoin d'être accompagnés, soutenus et reconnus. Ils sont, vous le savez, confrontés non seulement à des difficultés financières, mais aussi à des épreuves psychologiques, à des responsabilités qui affectent leur vie familiale, sociale ou professionnelle et qui les mènent parfois à un certain isolement social.

Madame la ministre, les radicaux de gauche, comme le groupe du RDSE, ont à cœur la mise en place d'une réforme de la dépendance, réforme que nous souhaitons de grande ampleur, à la hauteur de ses enjeux financiers et surtout humains. Ne nous y trompons pas : oui, il faut une réforme, mais pas n'importe laquelle, et certainement pas une réforme qui s'appuierait encore et toujours sur les mêmes : les collectivités locales d'un côté, les Français les plus faibles de l'autre.

Soyez donc assurée, madame la ministre, que nous serons à la fois attentifs et vigilants quant aux modalités et au contenu d'une grande loi relative à la prise en charge de la dépendance, loi que nous appelons de nos vœux. (Applaudissements sur les travées du RDSE, M. le président de la mission commune d'information et M. Jean-Pierre Fourcade applaudissent également.)

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