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Débat sur l'avenir de l'industrie en France et en Europe

Intervention de Jacques Mézard

Jacques MEZARD

M. le président. La parole est à M. Jacques Mézard.

M. Jacques Mézard. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, l'industrie est au cœur de nos préoccupations depuis longtemps. En témoigne le nombre de questions, de débats, de propositions de loi ou de rapports émanant de la Haute Assemblée qui concernent de près ou de loin cette question pour s'en convaincre.

Nous sommes face à un échec collectif et à une responsabilité collective, qu'il s'agisse des gouvernements successifs, toutes sensibilités confondues, du patronat ou des syndicats. D'ailleurs, depuis des décennies, notre relation au travail et à l'entreprise n'a pas été des plus performantes. Le problème tient certainement aussi à la sensibilité particulière que nous avons en la matière.

Même si les solutions proposées pour remédier aux faiblesses et aux difficultés que connaît notre secteur industriel peuvent faire débat, la conviction qu'il faut d'agir est aujourd'hui unanimement partagée, car il apparaît à tous que la réindustrialisation est la clé du retour à la croissance et de la baisse du chômage.

Je dois du reste dire au passage que je n'aime guère le terme « réindustrialisation » ; je pense que, pour l'avenir, monsieur le ministre, il conviendrait plutôt de penser à une nouvelle industrialisation, à une production centrée sur des productions innovantes, et cela va d'ailleurs bien au-delà de la seule transition énergétique. En effet, l'idéologie et l'entreprise ne font jamais bon ménage !

M. Jean-Claude Lenoir. C'est vrai !

M. Jacques Mézard. Néanmoins, entre les 23 mesures présentées à l'issue des états généraux de l'industrie lancés par la précédente majorité en 2009 et les 35 actions déclinées dans le fameux pacte national pour la croissance, la compétitivité et l'emploi, la situation n'a pas encore beaucoup évolué. Il ne se passe pas une semaine sans que l'on apprenne la fermeture de telle usine ou les très grandes difficultés que connaît telle autre dans l'un de nos territoires ; vous êtes confronté chaque jour à ces graves préoccupations, monsieur le ministre.

Comme le souligne le constat introductif de l'excellent rapport remis au Premier ministre par M. Gallois,…

M. Gérard Longuet. Très bien !

M. Ladislas Poniatowski. Très bon rapport !

M. Jacques Mézard. En effet, mon cher collègue !

Selon M. Gallois, disais-je, « la compétitivité de l'industrie française régresse depuis dix ans » – c'est pourquoi j'ai parlé de responsabilités collectives – « et le mouvement semble s'accélérer ». (M. Gérard Longuet opine.)

Mes chers collègues, on peut se demander si les Français aiment l'entreprise, s'ils ne confondent pas trop souvent finances, affairisme condamnable et monde de l'entreprise ou production industrielle.

M. Jean-Jacques Mirassou. Parfois, ils n'ont pas vraiment tort !

M. Jacques Mézard. J'ajoute que les réformes engagées ces dernières années et dont nos entreprises, notamment industrielles, étaient censées bénéficier, n'ont pas changé grand-chose à leur situation. Ainsi, la réforme de la taxe professionnelle, par exemple, n'a pas été, de toute évidence, le remède miracle tant attendu à l'hémorragie industrielle.

M. Gérard Longuet. On a allégé les charges de l'industrie capitalistique !

M. Jacques Mézard. Cette mesure a peut-être allégé les charges, monsieur Longuet, mais je ne suis pas sûr que toutes les économies réalisées par les entreprises aient été consacrées à l'investissement.

M. Yannick Vaugrenard. En tout cas à l'investissement productif !

Mme Christiane Demontès. Très bien !

M. Jacques Mézard. L'industrie française a perdu 1,9 million d'emplois entre 1980 et 2007. Sur la même période, sa part de la valeur ajoutée dans le PIB est passée de 24 % à 14 %. C'est un constat.

M. Yannick Vaugrenard. L'héritage !

M. Jacques Mézard. Cette part se situe aujourd'hui bien en dessous de la moyenne de l'Union européenne.

Une chose est sûre : la désindustrialisation est un fléau qu'il faut absolument combattre.

Ceux qui ont prêché un temps les mérites d'une économie postindustrielle fondée sur les services se sont gravement trompés. Nous nous accordons tous, me semble-t-il, à reconnaître qu'il y a urgence à promouvoir une nouvelle industrialisation, car l'industrie est essentielle à notre économie : elle est au cœur de l'innovation, qui, elle-même, est le moteur de la croissance. D'ailleurs, 85 % de l'effort de recherche des entreprises françaises est concentré dans le secteur industriel.

L'industrie est aussi, nous le savons tous, un élément majeur pour le commerce extérieur : on le voit aujourd'hui avec le déficit catastrophique de notre balance commerciale.

Dès lors, que faire pour remédier à cette situation ?

Le Gouvernement a déjà engagé un certain nombre d'actions, comme la création de la Banque publique d'investissement, qui devrait contribuer à rationaliser les dispositifs publics d'aide aux entreprises afin de les rendre enfin accessibles aux PME et aux TPE, ou encore le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi, qui peut permettre de répondre au moins partiellement à la problématique compétitivité-coût. Voilà autant de mesures que nous avons, pour notre part, soutenues.

Au cours de ces dernières années, les entreprises françaises ont considérablement réduit leurs marges pour maintenir leur compétitivité. Toutefois, cela a conduit, en réalité, à l'effet inverse, à savoir une détérioration de la compétitivité à moyen et long terme du fait de la réduction des investissements.

Si le coût du travail, qui est souvent montré du doigt dans notre pays, joue un rôle dans notre déficit compétitif, il n'est certainement pas l'unique facteur de perte de notre compétitivité. Les comparaisons qui peuvent être faites avec d'autres pays européens montrent que le coût du travail joue certes un rôle à cet égard, mais qu'il n'est pas le facteur déterminant.

D'ailleurs, la politique de modération salariale conduite depuis une dizaine d'années par l'Allemagne n'est pas la principale source du succès de son industrie. Il existe une différence majeure entre les industries françaises et allemandes : le positionnement de gamme. C'est en montant en gamme que les entreprises françaises pourront véritablement renforcer leur compétitivité.

Le développement des PME à l'international est aussi l'un des points faibles du tissu industriel français et, a contrario, l'un des points forts du fameux Mittelstand allemand. Certes, nous avons de grandes entreprises, qui sont de véritables « championnes mondiales », par exemple, dans le secteur aéronautique, qui est un fleuron de notre industrie, mais nous n'avons que très peu de PME et d'ETI exportatrices.

C'est pourquoi il est nécessaire d'engager d'autres réformes pour renforcer la compétitivité de notre industrie sur le long terme, en mettant, notamment, l'accent sur les formations.

Le choix d'une formation technique est trop souvent dévalorisé dans notre pays, alors que l'une des forces de l'industrie allemande réside dans l'importance accordée à la formation en alternance. Les pays émergents ont également compris l'importance du « capital humain ». Ainsi, des pays comme la Chine investissent des sommes considérables dans la mise en place de systèmes éducatifs et de formation de qualité.

Enfin, l'intitulé de ce débat nous invite, à juste titre, à nous pencher sur la dimension européenne que revêt cette question.

C'est en effet à l'échelle européenne que nous devons agir aujourd'hui pour corriger les déséquilibres du libre-échange, en instaurant une nécessaire réciprocité notamment en matière d'ouverture des marchés publics. Nous avons besoin d'une véritable politique industrielle européenne, qui est indissociable de la mise en place d'une politique européenne en matière d'énergie.

Enfin, monsieur le ministre du redressement productif, permettez-moi de conclure en formulant ce qui est plus qu'un vœu, une conviction : développez la recherche et l'innovation, faites confiance à l'intelligence de notre pays, faites en sorte que nos cerveaux ne s'exportent plus pour que nos productions continuent à se développer et à s'exporter ! (Applaudissements sur certaines travées du RDSE, ainsi que sur les travées du groupe socialiste.)

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