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Débat sur la place des petites et moyennes entreprises dans notre économie

Intervention Jean-Pierre Plancade

M. le président. La parole est à M. Jean-Pierre Plancade.

M. Jean-Pierre Plancade. Monsieur Reichardt, si le rapport que vous mentionnez a été de grande qualité, il me semble que c'est aussi parce que Martial Bourquin y a largement participé, et je tenais à lui rendre hommage. (Applaudissements sur certaines travées du RDSE, ainsi que sur les travées du groupe socialiste.)

M. Daniel Raoul. Très bien !

M. Jean-Pierre Plancade. M. Chatillon, certes, y a travaillé, mais, parmi tous ses auteurs, vous ne citez que lui ! Cette façon d'agir ne correspond pas à ma conception de la démocratie et du débat parlementaire.

Mme Marie-Hélène Des Esgaulx. Ce n'était pas volontaire !

M. Jean-Pierre Plancade. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, nous discutons aujourd'hui de la place des petites et moyennes entreprises dans notre économie. C'est un sujet important. Je suis, avec mes collègues du RDSE comme avec beaucoup d'autres, de ceux qui pensent que les PME doivent occuper une place centrale dans le développement économique de notre pays.

Le Gouvernement a d'ores et déjà engagé ou annoncé un certain nombre d'actions en faveur des PME. Je pense essentiellement à la Banque publique d'investissement, qui est en train de se mettre en place.

Outre le projet de loi portant création de la BPI, le Gouvernement a également présenté un pacte national pour la croissance, la compétitivité et l'emploi, dont la quasi-totalité des mesures concerne les PME. Certaines sont même spécialement ciblées sur ces entreprises. C'est une bonne chose. Nous sommes de ceux, au sein de la majorité, qui les approuvent. Nous vous invitons même, madame la ministre, à mettre rapidement en œuvre toutes ces mesures et à les compléter par d'autres. L'activité, vous le savez, est malheureusement au plus bas. Le moral des dirigeants d'entreprises, en particulier des plus petites, n'est pas florissant.

Il est urgent de relancer la croissance pour redonner confiance aux entrepreneurs et leur permettre d'investir, d'innover et d'exporter. Cela passera non seulement par une relance de la consommation intérieure, à travers une hausse du pouvoir d'achat des Français, mais aussi, nous le savons tous, par la capacité de nos entreprises à conquérir de nouveaux marchés à l'international. Il est donc urgent d'agir, et je sais, madame la ministre, que vous vous y évertuez.

Le Mittelstand allemand est souvent cité en exemple. Il est vrai que l'Allemagne a réussi, en dix ans, une incroyable relance de son économie, qui repose essentiellement sur son solide tissu de petites et moyennes entreprises. Certes, le succès des PME allemandes est en grande partie lié à des facteurs historiques et institutionnels et n'est donc pas entièrement transposable, mais les réformes courageuses conduites au cours de la dernière décennie, notamment celle du marché du travail, ont également joué un rôle important dans son rebond économique.

Le succès actuel de l'industrie allemande repose sur l'orientation fortement internationale de ses petites et moyennes entreprises, sur une structure industrielle adaptée aux besoins des marchés, notamment émergents, et sur le positionnement haut de gamme des produits. Le secteur automobile en est une bonne illustration.

L'excellent rapport remis au Premier ministre en novembre dernier par le commissaire général à l'investissement Louis Gallois soulignait le caractère indispensable de la « montée en gamme » de l'industrie française. C'est la clef du renforcement de notre compétitivité.

Contrairement à certaines idées reçues, l'envie d'entreprendre et la création d'entreprise se portent plutôt bien dans notre pays, et même mieux que chez certains de nos voisins. Depuis dix ans, la création d'entreprise a même fortement progressé : de 210 000 entreprises créées par an en 2000, nous sommes passés à 550 000 en 2011.

Même s'il existe un écart préoccupant entre les intentions de création d'entreprise et les entreprises effectivement créées, qui révèle la persistance de freins à la création, c'est surtout le développement des TPE et PME qui pose problème dans notre pays.

En Allemagne, 340 000 PME ayant un chiffre d'affaires inférieur à 50 millions d'euros réalisent 20 % du total des exportations allemandes. Les 4 400 « grandes PME », avec un chiffre d'affaires compris entre 50 millions d'euros et 3 milliards d'euros, exportent 40 % de leur fabrication. Elles sont souvent des leaders mondiaux sur ce qu'on appelle des marchés de niches. Mais elles exportent et gagnent de l'argent.

L'analyse des résultats des PME françaises en 2012 montre également que seules les entreprises fortement exportatrices tirent leur épingle du jeu ; ces dernières estiment en moyenne la hausse de leur chiffre d'affaires à 3,9 %, tandis que celles qui n'exportent pas constatent une baisse de 1 % de leur activité. Les résultats sont également plus florissants pour les PME les plus innovantes. Ce sont aussi ces entreprises qui créent des emplois.

Il est donc indispensable de favoriser l'innovation et de faciliter l'exportation. Pour cela, le rapport Gallois préconisait notamment de « créer un mécanisme d'orientation de la commande publique vers des innovations et des prototypes élaborés par des PME », avec pour objectif d'atteindre 2 % des achats courants de l'État. Il s'agit, à mon sens, d'une mesure nécessaire et simple à mettre en œuvre.

Une autre des difficultés françaises concerne les relations interentreprises, notamment entre grands groupes et PME. Une des propositions du rapport Gallois consistait à « conditionner les soutiens de l'État aux actions des grandes entreprises à leur capacité à y associer leurs fournisseurs et sous-traitants ». Il s'agit là d'une piste intéressante, qui mérite, me semble-t-il, d'être creusée.

Quoi qu'il en soit, nous devons agir d'urgence et faire de nos PME une priorité dans toutes nos politiques publiques. L'une des actions proposées par le pacte national pour la croissance, la compétitivité et l'emploi est de mettre en place un test mesurant l'impact des réformes, y compris fiscales, sur les PME. C'est un outil qu'il est en effet urgent de mettre en place, tant l'inquiétude des chefs d'entreprise est grande à l'égard de nombre de mesures prises par le Gouvernement, en particulier dans les différentes lois de finances. Il faudra sûrement, madame la ministre, faire un effort de grande pédagogie et de proximité.

Ce climat d'anxiété, lié à l'instabilité réglementaire et législative, que nous percevons sur le terrain, est néfaste pour le développement des PME et donc pour la croissance française. Simplifier et stabiliser la réglementation et la fiscalité est donc un levier majeur pour que nos PME puissent se développer en toute tranquillité. Elles ont besoin de savoir où elles vont et ce qui les attend sur le plan fiscal. Dans ce domaine, un effort considérable reste à fournir.

La formation est également un enjeu essentiel. Là encore, l'exemple allemand le prouve : la formation professionnelle en alternance, centrée sur l'apprentissage, devrait être l'épine dorsale des PME et des TPE. C'est pourquoi nous soutenons avec force le pacte national pour la croissance, la compétitivité et l'emploi. Le Gouvernement s'est engagé à favoriser l'embauche des jeunes en apprentissage dans les PME, avec un objectif de 500 000 apprentis en 2017. Nous ferons tout pour qu'il y arrive. Sans une adaptation de la formation aux besoins de nos PME, le rôle moteur de celles-ci dans la croissance est impossible.

Enfin, l'accès au financement reste l'un des principaux problèmes rencontrés par nos PME. La BPI devrait, je l'espère, améliorer la situation. Les entreprises, en particulier les plus petites, rencontrent de grandes difficultés de trésorerie, liées au ralentissement de l'économie et à l'allongement des délais de paiement : 40 % des PME disent avoir rencontré des difficultés de trésorerie ces six derniers mois ; l'accès aux crédits de trésorerie a posé problème pour 23 % d'entre elles en 2012.

Dans le cadre de la discussion du projet de loi sur la création de la BPI, j'avais appelé l'attention de M. le ministre de l'économie sur la nécessité de trouver des solutions adaptées aux difficultés spécifiques des TPE et TPI. J'ai pris note de son engagement à agir sur ce point.

Grâce au crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi, mis en place dans le dernier collectif budgétaire pour 2012, les PME qui le demandent pourront bénéficier de la mesure sous forme d'avance de trésorerie, et ce dès 2013.

OSEO, filiale de la BPI, vient de lancer un dispositif de garantie de 500 millions d'euros pour soutenir la trésorerie des TPE et PME. Le ministre de l'économie a également confié à Jean-Michel Charpin, inspecteur général des finances, une mission sur cette question. J'espère que les conclusions de cette mission seront rapidement connues et mises en œuvre. En outre, des mesures pour réduire les délais de paiement sont également attendues.

Madame la ministre, mes chers collègues, vous l'avez compris, l'ensemble du groupe du RDSE, très sensible à l'inquiétude réelle des chefs d'entreprises, invite le Gouvernement à poursuivre et à accentuer ses efforts à destination des PME, pour qu'elles deviennent les véritables fers de lance de notre économie. Il vous assure aussi, madame la ministre, de son entier soutien. (Applaudissements sur certaines travées du RDSE, ainsi que sur les travées du groupe socialiste.)

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