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Discussions générales

Projet de loi de finances pour 2012 : mission "Economie"

Intervention de monsieur Christian Bourquin, rapporteur spécial

M. le président. Le Sénat va examiner les crédits de la mission « Économie » et du compte de concours financiers « Prêts et avances à des particuliers ou à des organismes privés ».

La parole est à M. Christian Bourquin, rapporteur spécial.

M. Christian Bourquin, rapporteur spécial de la commission des finances. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'État, mes chers collègues, c'est pour moi tout à la fois un grand bonheur et un grand honneur de siéger parmi vous et de succéder à François Rebsamen en tant que rapporteur des crédits de la mission « Économie » et du compte de concours financiers « Prêts et avances à des particuliers ou à des organismes financiers », conjointement avec mon collègue André Ferrand.

Pour le sénateur fraîchement élu que je suis, l'exercice est nouveau. Aussi, pour aller à l'essentiel, je ne reviendrai pas sur la répartition des crédits programme par programme, vous renvoyant au rapport écrit, qui a été distribué.

Je souhaite en premier lieu partager quelques remarques d'ordre général sur les crédits de la mission. Ensuite, j'exprimerai l'avis de la commission sur la position à adopter concernant le vote des crédits de la mission et du compte de concours financiers.

Dans le contexte de crise économique et de restrictions budgétaires que nous connaissons, il n'est pas surprenant de constater que, par rapport aux crédits ouverts pour 2011, le budget de la mission « Économie » pour 2012 enregistre une diminution de 2,6 %. Une telle contraction de 54 millions d'euros ramène ce budget de 2 063 millions d'euros pour 2011 à 2 009 millions d'euros pour 2012.

Alors que les dépenses de fonctionnement et de personnel sont épargnées par le « coup de rabot » budgétaire, j'attire votre attention, mes chers collègues, sur le fait que l'effort d'économie se concentre sur les seules dépenses d'intervention. Le budget pour 2012 pénalisera donc particulièrement les moyens d'intervention de la mission pour ce qui concerne le soutien aux entreprises et le développement de leur activité et de l'emploi.

Je pense en particulier au Fonds d'intervention pour les services, l'artisanat et le commerce, le FISAC, qui enregistre une réduction de sa dotation de 23,1 millions d'euros, soit 36 % de moins qu'en 2011, passant ainsi de 64 millions d'euros à 40,9 millions d'euros.

Ensuite, une série de dispositifs voient leur dotation diminuer pour 2012 : les actions pour le développement et l'initiative en faveur des entreprises, la subvention aux centres techniques industriels, qui est réduite de 2 millions d'euros, la dotation des politiques industrielles, la compensation par l'État des surcoûts de la mission de service public de transport postal de la presse par La Poste, et, enfin, les dépenses de promotion de l'image touristique de la France, sujet plus particulièrement dévolu à mon collègue André Ferrand.

Les réductions de crédits que je viens d'énumérer ne représentent certes que 3 % du budget global de la mission. Pourtant, elles portent sur des dispositifs particulièrement sensibles, notamment le FISAC, pour ce qui est du secteur du commerce et de l'artisanat dans les territoires.

En définitive, il apparaît paradoxal que, dans une période de croissance faible et même de crise, les seuls crédits de la mission « Économie » revus à la baisse soient ceux qui sont susceptibles de soutenir l'activité et d'exercer un effet contracyclique !

Comment, monsieur le secrétaire d'État, le Gouvernement compte-t-il soutenir la croissance avec un budget en décroissance ?

M. Roland Courteau. C'est une bonne question !

M. Christian Bourquin, rapporteur spécial. C'est bien le constat de cette insuffisance, monsieur Courteau, qui motive la décision de la commission des finances d'émettre un avis défavorable sur les crédits de la mission « Économie ».

Je souhaite à présent aborder le problème de la délocalisation à Metz de l'Institut national de la statistique et des études économiques, l'INSEE.

Notre collègue, et mon prédécesseur dans ces fonctions, François Rebsamen, avait déjà alerté le Gouvernement sur la complexité de cette opération, ainsi que les risques de surcoût et de retard par rapport à l'échéancier de réalisation.

De fait, le budget de la mission « Économie » entérine un surcoût lié à la nécessité de recruter en plus grand nombre que prévu des agents destinés à rejoindre le nouveau centre statistique, ainsi qu'au report de 2013 à 2015 de la livraison des bureaux et de l'achèvement de la nouvelle réalisation.

Permettez-moi, monsieur le président, d'informer mes collègues que mon groupe, le RDSE, a déposé un amendement portant sur la réduction drastique du budget de fonctionnement de l'INSEE pour 2012. Après avoir été réduit de 5 % cette année, voilà qu'il le serait de 12 % l'année prochaine ! C'est, du moins, ce qu'ont prévu les députés.

En fait, comme les lignes budgétaires du FISAC et de l'INSEE sont juste côte à côte, on a procédé à un transfert : 1,8 million d'euros qui avaient été retirés à l'établissement public d'aménagement et de restructuration des espaces commerciaux et artisanaux, l'EPARECA, une composante du FISAC bien connue des élus locaux, lui ont ensuite été rendus par prélèvement sur le budget de l'INSEE.

En apparence, l'honneur est sauf pour l'EPARECA... Mais cette somme de 1,8 million d'euros manquera à l'INSEE ; pour avoir travaillé avec l'ensemble des responsables de cet organisme, je puis vous dire qu'ils n'arriveront pas à produire, l'an prochain, les statistiques dont notre pays a besoin.

Je ne pense pas que nous voulions, ni les uns ni les autres, supprimer l'indice mensuel des prix à la consommation, les chiffres du chômage ou ceux de l'inflation...

M. Roland Courteau. Ils cassent le thermomètre !

M. Christian Bourquin, rapporteur spécial. Les résultats de la politique menée, à laquelle je suis pour ma part défavorable, ne sont pas bons ; mais la nécessité est impérieuse de conserver le thermomètre !

Pour conclure, je vais vous faire part de l'avis de la commission des finances sur les crédits de la mission « Économie ».

Je constate que nos collègues de l'Assemblée nationale, pourtant majoritairement favorables au Gouvernement, ont eux aussi regretté les déséquilibres de ce budget, comme je le fais.

C'est dans le but de le rééquilibrer qu'ils ont abondé de 1,8 million d'euros, de la manière que je viens d'expliquer, la subvention allouée à l'EPARECA. Mais ce supplément de moyens ne suffira pas à rendre à cet établissement sa capacité d'action en faveur du tissu économique dans les territoires.

De plus, au cours des débats à l'Assemblée nationale, le Gouvernement a réduit de 22 millions d'euros les crédits de la mission « Économie », en application des plans présentés par le Premier ministre, les 24 août et 7 novembre derniers, pour réaliser des économies supplémentaires.

Cette diminution, se répartissant entre ses quatre programmes, rend encore plus sévère la contraction des moyens d'intervention de la mission « Économie ». Pour cette raison, la commission des finances propose au Sénat d'en rejeter les crédits.

En revanche, elle propose l'adoption sans modification des crédits du compte de concours financiers « Prêts et avances à des particuliers ou à des organismes privés ». (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste-EELV.)

M. Jean-Jacques Mirassou. Très bien ! Une analyse fine mais sans concession !

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