Accueil » Projet de loi de règlement des comptes et rapport de gestion pour l'année 2011

LE TRAVAIL PARLEMENTAIRE DU RDSE<<< Revenir à la liste

Discussions générales

Projet de loi de règlement des comptes et rapport de gestion pour l'année 2011

Intervention de François Fortassin

M. le président. La parole est à M. François Fortassin.

M. François Fortassin. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, les habiles contorsions du président de la commission des finances, dignes des meilleurs transformistes (Sourires.) et les propos incantatoires de notre collègue Vincent Delahaye m'ont amené à considérer qu'ils avaient inventé un nouveau concept, celui de la moralisation en matière financière. Aussi mes propos vont-ils peut-être manquer de relief !

M. Philippe Marini, président de la commission des finances. Pour un Pyrénéen, ce serait surprenant ! (Sourires.)

M. François Fortassin. Par avance, je sollicite donc beaucoup d'indulgence de la part de l'auditoire !

Ce projet de loi de règlement des comptes que nous examinons aujourd'hui est l'occasion de mettre en lumière les errements et les incohérences de la politique fiscale du précédent gouvernement.

Ces errements et ces incohérences ont, au demeurant, été pointés du doigt par la Cour des comptes, qui, par ailleurs, est extrêmement mesurée dans ses critiques. J'ai donc tendance à considérer que, compte tenu de la confiance que l'on peut accorder à cette noble institution, il doit y avoir une part de vérité !

Ces errements et ces incohérences, les membres de mon groupe et ceux des autres groupes de la majorité n'avaient pas manqué de les souligner lors de l'examen de la dernière loi de finances, avec l'appui du travail de notre excellente rapporteur générale de l'époque.

Nous avions d'ailleurs proposé de nombreux amendements pour éviter ou limiter certaines dérives, mais, mes chers collègues, le gouvernement que vous souteniez n'a pas cru bon de nous suivre sur ce chemin. Sans doute étiez-vous sous l'emprise du magnétisme de votre leader charismatique, qui considérait peut-être qu'en matière de finances quelques tours de prestidigitation, voire de magie, pouvaient régler les problèmes budgétaires !

M. Philippe Marini, président de la commission des finances. Cela vaut mieux que le rêve !

M. François Fortassin. Premier exemple d'incohérence : le gouvernement avait érigé comme priorité absolue la non-augmentation des impôts, sans s'apercevoir que, lorsqu'on n'augmente pas les impôts, on tarie bien entendu la source du revenu indispensable au fonctionnement de notre pays.

Ce n'est qu'à la fin de 2010 que le gouvernement s'est enfin aperçu qu'il était impossible de réduire significativement le déficit sans augmenter les prélèvements obligatoires. Il a alors opéré un revirement à 180 degrés et, tandis que son objectif initial en matière de taux de prélèvement obligatoire était de 43,4 points du PIB, les dernières prévisions le fixaient à 44,5 points.

Le gouvernement de l'époque s'est abrité derrière une excuse universelle, « la crise », pour justifier ces mauvais résultats ou pour faire passer des mesures difficilement acceptables comme les plans de rigueur et d'austérité successifs qui nous ont conduits à discuter pas moins de quatre lois de finances rectificatives l'an dernier !

Mais, comme l'a d'ailleurs rappelé la Cour des comptes à plusieurs reprises, la crise n'explique pas tout, en particulier en matière de déficit public. Elle a effectivement démontré qu'en 2010 les deux tiers du déficit étaient indépendants de la crise. C'est donc que notre déficit structurel est particulièrement élevé, comme l'ont d'ailleurs confirmé de nombreuses comparaisons sur le plan international.

Certes, l'objectivité m'amène à dire que ce niveau élevé ne résulte pas uniquement de la politique menée dans les cinq dernières années par les gouvernements de droite ; les gouvernements de gauche ont aussi une part de responsabilité.

Mais qu'a fait le gouvernement précédent ? Il a persévéré dans ces errements... En définitive, son action a été très modeste, comme l'a rappelé notre excellent rapporteur général, François Marc, dont je salue le remarquable travail.

Plus des deux tiers de la réduction affichée du déficit de 58 milliards d'euros sont dus à des événements exceptionnels ; donc pas de réduction des déficits. En même temps, on a abîmé les principes républicains et dégradé la fonction publique. Personnellement, c'est peut-être le reproche majeur que j'aurais envie de vous faire.

C'est grâce à une manipulation ingénieuse que le gouvernement a pu afficher une telle réduction du déficit en 2011 et respecter son engagement de le ramener à 5,2 % du PIB. En effet, en « alourdissant » volontairement le déficit de 2010 par certaines mesures exceptionnelles, comme le plan de relance ou les investissements d'avenir – de bonnes choses, mais qui se sont brutalement arrêtées, ce qui montre qu'il n'y a pas eu continuité dans l'action –, le Gouvernement a pu annoncer, comme par hasard avant les élections présidentielles, la réduction du déficit. Mais sans doute n'est-ce pas sur ce point que les Français se sont déterminés...

Pour notre part, nous ne sommes pas dupes : la réduction du déficit de la France reste indispensable si nous voulons garder la maîtrise de notre avenir commun. C'est pourquoi, avec la majorité des membres du RDSE, je soutiens l'action engagée par l'actuel Gouvernement pour poursuivre la réduction du déficit et atteindre l'équilibre en 2017.

La voie choisie dans le projet de loi de finances rectificative que nous examinerons la semaine prochaine est un bon début pour permettre le redressement de la France.

 La politique fiscale de ces cinq dernières années a eu pour conséquence d'affaiblir très fortement non seulement nos finances, mais aussi les principes de justice et d'équité pour ce qui concerne la répartition des charges entre nos concitoyens.

On a réduit considérablement les recettes de l'État. Je prendrai l'exemple de la défiscalisation des heures supplémentaires instaurée en 2007 par la tristement célèbre loi TEPA, la loi en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat. Non seulement une telle mesure a eu un coût très élevé pour l'État, mais aussi elle a contribué à accroître le chômage, fléau numéro un de notre pays.

La réforme de l'impôt de solidarité sur la fortune, véritable « cadeau » aux plus fortunés, que certains parviennent à justifier, est difficilement acceptable, pour les radicaux notamment, très attachés à la progressivité de l'impôt en fonction des ressources.

Les mesures adoptées au cours de la précédente législature sont, de ce point de vue, assez éclairantes : elles ont privé l'État de recettes dont il avait grandement besoin en temps de crise.

Il s'agit donc, désormais, de redresser, avec le Gouvernement, les comptes publics, tout en réinstaurant une véritable justice fiscale, à laquelle la majorité des membres du groupe RDSE sont très attachés.

Pour ce faire, il convient de restaurer la confiance. Or celle-ci ne pourra être rétablie que si l'on s'attache à respecter le principe d'équité fiscale. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du groupe écologiste.)

<<< Revenir à la liste