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Discussions générales

Projet de loi fixant au 11 novembre la commémoration de tous les morts pour la France

Intervention de monsieur Robert Tropeano

M. le président. La parole est à M. Robert Tropeano. (M. Yvon Collin applaudit.)

M. Robert Tropeano. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'État, mes chers collègues, le 11 novembre 1920, la République française rendait son premier hommage, au pied de l'Arc de Triomphe, au soldat inconnu mort pendant la Grande Guerre. Cette date, déclarée chômée et commémorative deux ans plus tard par le Parlement, est depuis le point d'orgue de la mémoire collective française. En effet, elle trouve un écho particulier dans le cœur de nos concitoyens qui, pour beaucoup d'entre eux, ont reçu en héritage le récit de cette guerre, quand ils n'ont pas connu un valeureux poilu. À ce propos, le dernier nous a quittés le 12 mars 2008, rendant encore plus indispensable l'entretien de la flamme du souvenir.

La pérennité d'un attachement certain à la commémoration du 11 novembre 1918 tient aussi à l'ampleur du sacrifice consenti par le monde combattant.

Ce sont plus de soixante millions de soldats, provenant de vingt-deux États différents, qui se sont engagés dans une guerre dévastatrice déclarée à l'échelle du monde.

Le prix à payer fut lourd : dix-neuf millions de morts et vingt et un millions de blessés.

Au sortir de la guerre, la douleur fut immense. Non seulement il fallut constater une perte humaine considérable, mais le témoignage bouleversant des survivants devait marquer pour toujours les esprits.

Je citerai le récit anonyme d'un poilu résumant parfaitement ce qui a été enduré :

« Nous subissons à la fois toutes les souffrances, toutes les misères, toutes les privations dont les poilus peuvent être frappés : la pluie, la boue, la glace, la neige, la faim, la soif, les poux, le bombardement...

« Depuis six jours que nous sommes dans cette tranchée, nous n'avons pas eu la bonne fortune de voir luire le soleil un instant.

« Le ravitaillement est devenu à peu près impossible : les hommes qui se rendent la nuit à la corvée de soupe reviennent avec des boules de pain trempées dans la boue. Parfois, ils ne reviennent pas du tout, fauchés par les obus ou égarés dans les ténèbres de la nuit. »

Cette évocation, qui traduit le sort commun de toute une génération du feu, illustre aussi la dimension d'unité nationale que revêt plus que toute autre la guerre de 1914-1918.

C'est pourquoi on peut comprendre le choix de cette date comme journée d'hommage aux morts pour la France, civils et militaires.

M. Yvon Collin. Bien !

M. Robert Tropeano. Pour autant, cela ne doit pas occulter toutes les autres manifestations commémorant les accidents de l'Histoire.

M. Yvon Collin. Absolument !

M. Robert Tropeano. Je pense notamment au 8 mai 1945, à la Journée nationale d'hommage aux morts pour la France en Indochine, à celle qui est consacrée aux harkis et, bien sûr, à l'hommage aux morts de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie.

D'ailleurs, monsieur le secrétaire d'État, en cette année du cinquantenaire de la signature des accords d'Évian, je souhaiterais que le 19 mars et la fin de la guerre d'Algérie soient commémorés d'une manière particulière.

M. Yvon Collin. Très bien !

M. Robert Tropeano. Je n'oublie pas non plus toutes les manifestations dédiées aux victimes d'actes de barbarie.

Je me réjouis de constater que la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat a modifié l'article 1er afin de préciser que l'hommage créé ne se substituait pas aux autres journées de commémoration nationales. Vous l'avez souligné, monsieur le secrétaire d'État, et je vous en remercie.

Cette précision est en effet importante. Une majorité d'associations réunies dans un comité d'entente avaient approuvé le projet de loi initial. Mais plusieurs d'entre elles avaient craint que cette initiative ne crée à terme une sorte de Memorial Day. J'ai moi-même partagé cette inquiétude, car l'instauration d'une journée unique pourrait en effet diluer les enjeux mémoriels propres à chacune des commémorations qui jalonnent actuellement le calendrier national.

Cette réserve étant désormais écartée, le groupe RDSE apportera son soutien à ce projet de loi, qui présente un double intérêt.

D'une part, comme l'a clairement indiqué notre collègue rapporteur, le dispositif permettra de construire un lien entre les victimes des différents conflits. Au cours de cette dernière décennie, la multiplication des commémorations publiques ou nationales tend à fragmenter la mémoire collective. Cette nouvelle journée sera l'occasion d'exprimer la continuité de l'engagement des générations pour les valeurs intemporelles de liberté et de fraternité.

D'autre part, le choix de célébrer tous les « morts pour la France » permet d'associer l'ensemble de ceux qui ne sont actuellement pas représentés par une journée commémorative. Je pense en particulier aux soldats morts en opérations extérieures, plus de 600, comme vous l'avez précisé, monsieur le secrétaire d'État.

Malheureusement, cette liste s'allonge avec le temps. Vendredi dernier, en Afghanistan, ce sont quatre de nos soldats qui ont été tués et seize autres blessés dans la province de la Kapisa. Leur courage et leur sens du devoir méritent toute notre compassion. L'actualité nous rappelle ainsi, de manière tragique, les dangers encourus par tous ces combattants, l'éloignement géographique faisant presque oublier à nos concitoyens que des jeunes gens sont prêts à faire don de leur vie pour un idéal de paix universelle.

Mes chers collègues, ce texte est de nature à donner un nouvel élan à la politique de commémoration, qui doit rester vive, parce qu'elle est un vecteur essentiel de l'unité nationale et l'instrument d'une transmission des valeurs républicaines d'une génération à l'autre. Dans une société que bien d'autres sujets divisent, le rassemblement autour d'une mémoire partagée participe de la cohésion nationale.

J'ajouterai que cela demeure fondamentalement un hommage à tous ceux qui ont versé leur sang sur l'autel de la liberté pour défendre les valeurs de la République. (Applaudissements sur les travées du RDSE, ainsi que sur certaines travées du groupe socialiste, de l'UCR et de l'UMP.)

 

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