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Discussions générales

Projet de loi portant diverses dispositions d'adaptation au droit de l'Union européenne dans le domaine de la prévention des risques

Intervention de François Fortassin

M. le président. La parole est à M. François Fortassin.

M. François Fortassin. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'État, mes chers collègues, mon intervention aura une tonalité légèrement différente de celle de M. Dantec. J'ai en effet noté quelques incohérences dont je voudrais vous faire part.

En interrogeant les citoyens sur des sujets techniques aussi pointus, on a beaucoup plus de chance d'aboutir au populisme qu'à une prise de position populaire. Peut-être faut-il aussi se garder d'un certain nombre d'affirmations, démenties par les faits.

On nage en pleine hypocrisie ! Alors que je présidais une commission syndicale forestière dans les Pyrénées, on m'a demandé de réserver un demi-hectare de terrain pendant quelques années, afin d'étudier les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl. Ce que l'on sait aujourd'hui, c'est que le fameux nuage n'est pas arrivé jusqu'aux Pyrénées. Mais entre la frontière franco-allemande et les Pyrénées, aucune mesure n'a été faite !

L'histoire se répète à propos des OGM. Comme vous tous, je crois que nous devons protéger notre santé avant tout. Voilà quelques années, j'avais déposé un amendement adopté à l'unanimité, mais demeuré lettre morte. Il s'agissait simplement de dire que les bovins sont des herbivores et qu'ils doivent donc manger de l'herbe ! Les nourrir, sinon exclusivement, du moins essentiellement avec de l'herbe et du foin permet non seulement d'obtenir une viande et du lait de meilleure qualité, mais aussi d'éviter le lessivage des sols.

Emparez-vous de cela, les écologistes ! Je serai à vos côtés ! Mais vous ne bougez pas…

M. Ronan Dantec. Ce n'est pas vrai ! Vous lisez trop peu notre littérature, monsieur Fortassin ! (Sourires.)

M. François Fortassin. J'en lis assez ! (Nouveaux sourires.)

M. Ronan Dantec. Pas la bonne, apparemment !

M. François Fortassin. Si elle n'était tragique, la situation prêterait à rire : la viande que nous importons du Brésil ou des États-Unis est prédécoupée, alors que les analyses ne peuvent véritablement être opérées que sur les carcasses !

Voilà quelques années, Gérard Bailly et moi-même avons rédigé un rapport d'information sur l'élevage ovin. Nous avons découvert que l'on importait d'Australie et de Nouvelle-Zélande des carcasses vendues sous forme de viande fraîche trois mois après l'abattage! Nous n'avons jamais pu savoir ce que l'on mettait sur cette viande pour la conserver dans un état à peu près convenable…

Ces quelques éléments conduisent mon groupe à voter en faveur de ce projet de loi, parce qu'on ne peut être hostile à certaines évolutions. Cependant, nous faisons preuve de la plus grande prudence face à certaines affirmations. Si l'on me dit que les OGM sont dangereux pour la santé, je signe immédiatement leur suppression de façon radicale – il ne pourrait en aller autrement. Mais si l'on m'explique que l'on n'a aucune certitude sur leur nocivité et qu'ils permettent de mieux nourrir la population du globe dont deux tiers ne mangent pas à sa faim, alors je révise quelque peu ma position !

Par ailleurs, je regrette que ce texte fasse une part aussi modeste à la question de l'eau que nous buvons. Eu égard à tout ce que l'on rejette dans les réservoirs et les nappes phréatiques, on peut se demander s'il n'est pas plus dangereux de boire un verre d'eau tous les matins que de manger une orange génériquement modifiée venant du Maroc ou du Brésil. (Sourires.)

Je voulais vous faire de ma part de ma prise de position citoyenne sur ce sujet, mes chers collègues. Je ne suis qu'un béotien en la matière, mais cela ne m'empêche pas de réfléchir. Je pense que nous n'accepterions plus aujourd'hui certaines décisions que nous avons su prendre par le passé. Je songe, par exemple, à la création du canal de la Neste qui a permis au Gers de ne pas devenir un désert : quand on fait passer par ce canal quatorze mètres cubes d'eau par seconde pour alimenter les rivières gersoises, il ne reste plus que trois mètres cubes dans la Basse-Neste. Pour autant, les Haut-Pyrénéens n'ont pas le sentiment d'être victimes d'une catastrophe écologique majeure. Pourrait-on le refaire aujourd'hui ? Ma réponse est : « non ». (MM. Rémy Pointereau et Michel Raison applaudissent.)

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