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Discussions générales

Projet de loi tendant à l’élimination des armes à sous-munitions _ Texte n° 113 (2009-2010)

Intervention de monsieur François Fortassin _ Première lecture

M. le président. La parole est à M. François Fortassin.

M. François Fortassin. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, nous sommes invités à adopter un texte visant à transcrire en droit français les dispositions de la convention d'Oslo sur les armes à sous-munitions ratifiée par la France en 2009.

Conçues pour disperser sur une large surface une grande quantité de projectiles explosifs, ces armes ont provoqué, dans la vingtaine de pays où elles ont été utilisées, des dommages humanitaires disproportionnés au regard de leur justification militaire.

Nous sommes face à la dernière marche d'un long processus d'interdiction totale de ce type d'armement. Il est temps d'aller au bout de ce long processus juridique et politique.

Le Sénat s'honore de s'être intéressé à cette question à plusieurs reprises ces dernières années. En effet, un rapport d'information, rédigé par notre excellent collègue Jean-Pierre Plancade, nous alertait dès 2006 de la gravité de la situation humanitaire liée à l'utilisation des armes à sous-munitions.

M. Josselin de Rohan, président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées. M. Plancade n'était pas tout seul, monsieur Fortassin : Mme Joëlle Garriaud-Maylam était également coauteur de ce rapport !

M. François Fortassin. Je vous en donne acte, monsieur le président de la commission.

Depuis plus de vingt ans, la communauté internationale s'insurge contre ce type d'armement, créé pour lutter contre les unités blindées, qui n'a plus aucune justification militaire de nos jours. Faillibles et dépassées, les armes à sous-munitions sont une menace pour les populations civiles, surtout après la fin des conflits.

Deux raisons essentielles peuvent être avancées pour expliquer cette odieuse réalité : d'abord, le rayon d'action de ces armes, et plus particulièrement de certains modèles, est très important ; ensuite, à cause de leur faillibilité, elles créent de nombreux restes explosifs qui provoquent un risque d'explosion permanent. Par ailleurs, leur aspect brillant - elles ressemblent parfois à des cannettes de soda - attire les enfants.

Depuis des décennies, les armes à sous-munitions ont pollué de nombreux champs de bataille à travers la planète. On peut citer notamment le Laos et le Vietnam où, trente-cinq ans après les derniers bombardements américains, plusieurs dizaines de civils sont tués ou blessés chaque année du fait des sous-munitions non encore explosées. Les peuples afghan, libanais ou kosovar ont aussi été victimes de ce véritable fléau. Plus récemment encore, les territoires palestiniens, en 2006, et géorgien, en 2008, ont été le théâtre de conflits dans lesquels ces armes ont été employées.

Alors que le nombre de victimes avérées s'élève à 11 000, certaines évaluations globales, notamment celle qu'a réalisé Handicap International, vont jusqu'à avancer le chiffre de 100 000 victimes depuis 1973.

Conscient de la gravité de la situation, un groupe d'États est parvenu à relancer une discussion internationale ayant vocation à interdire totalement ce type de matériel. Prenant rapidement de l'ampleur lors de la conférence diplomatique de Dublin en mai 2008, cette démarche a abouti à la signature d'un texte par quatre-vingt-quatorze pays le 4 décembre de la même année à Oslo.

Pour la première fois, la communauté internationale s'est dotée d'un texte prohibant les armes à sous-munitions. Ce texte marque une avancée capitale dans les domaines du désarmement, de la dépollution, de la neutralisation de ces armes mais aussi, ce qui mérite d'être souligné, dans la prise en charge des populations civiles victimes.

Le projet de loi initial reprenait l'essentiel de la convention, mais nous pouvons saluer le travail de la commission qui a permis, à juste titre, d'adjoindre certaines précisions telles que l'extension du mandat de la Commission nationale pour l'élimination des mines antipersonnel, qui avait par nature compétence à assurer le suivi de la mise en œuvre de la convention, ou le fait que la destruction des stocks d'armes à sous-munitions devra se faire « dès que possible ».

Ce processus d'interdiction n'est pas sans rappeler celui des mines antipersonnel. Dans les deux cas, il faut rappeler - et s'en féliciter - le rôle prépondérant des organisations non gouvernementales, qui ont été les premières à alerter les États sur le drame qui était en train de se dérouler. Le processus d'interdiction des mines antipersonnel a également abouti à l'élaboration d'un instrument juridique, la convention d'Ottawa, ouverte à la signature les 3 et 4 décembre 1997, dont la portée est malheureusement relative.

Dans les deux hypothèses, des pays producteurs et utilisateurs d'armes à sous-munitions ne sont pas partie à la convention. Je pourrais citer en particulier les États-Unis, la Russie, ou encore Israël,...

M. Hervé Morin, ministre. Et la Chine !

M. François Fortassin. Effectivement !

... sans oublier la Serbie, où des atrocités ont été commises dans une période très récente. À l'heure actuelle, moins de la moitié des États producteurs et à peine un cinquième des États utilisateurs ont adhéré à la convention.

Dans ces conditions, s'il faut se réjouir de la présentation de ce projet de loi tendant à l'élimination des armes à sous-munitions que nous sommes invités à voter aujourd'hui, il ne faut pas occulter la réalité afin qu'un maximum d'utilisateurs et de producteurs nous rejoignent au sein de la convention d'Oslo. Le chemin sera long avant que celle-ci ne devienne une véritable norme internationale s'imposant à tous et conduisant à l'éradication pure et simple de cette calamité. La transcription de cette convention dans notre droit nous a cependant permis de prendre un certain nombre d'initiatives qui sont saluées de façon internationale. Il est bon, au regard de nos valeurs, que la patrie des droits de l'homme s'honore de ce type d'action.

Notre pays a depuis l'origine un rôle moteur puisque la France était partie prenante aux discussions internationales qui allaient aboutir quelques mois plus tard à la convention d'Oslo. Par ailleurs, il est à noter que la France a déjà retiré plus de 80 % de ses stocks d'armes à sous-munitions.

Dans le même esprit, le vote à l'unanimité des deux assemblées de la loi du 21 septembre 2009 autorisant la ratification de la convention sur les armes à sous-munitions constitue un signal fort de l'engagement de la France dans cette lutte dont nous pouvons également nous féliciter.

L'ensemble des membres du groupe du RDSE apportera un soutien total à ce texte, qui ancre en droit français la convention d'Oslo, et ainsi l'élimination des armes à sous-munitions. Ils espèrent bien entendu un vote unanime des sénateurs en ce sens. (Applaudissements sur les travées de l'Union centriste et de l'UMP, ainsi que sur certaines travées du groupe socialiste.)

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