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Discussions générales

Proposition de loi précisant les modalités de création d'une installation de stockage réversible en couche géologique profonde des déchets radioactifs de haute et moyenne activité à vie longue

Intervention de Jacques Mézard

Jacques MEZARD

M. le président. La parole est à M. Jacques Mézard. (Applaudissements sur les travées du RDSE.)

M. Jacques Mézard. Monsieur le président, madame la secrétaire d'État, mes chers collègues, au-delà des choix en matière de politique énergétique qui s'imposent à un instant donné en fonction de l'état des technologies, de leur coût et de leur acceptabilité sociale et environnementale, il revient à l'État de régler pour l'avenir les conséquences qui peuvent en résulter en faisant preuve de responsabilité et de prospective.

La proposition de loi qui nous est soumise et que nous voterons unanimement est un texte de responsabilité. (M. Jean-Claude Lenoir opine.) Ces déchets radioactifs existent et sont source de bien des débats depuis très longtemps. Certes, une partie de ces déchets aura une vie très longue et mettre des décennies à trouver des solutions par rapport aux centaines de milliers d'années pendant lesquelles ils produiront des effets peut sembler court, mais pour nos concitoyens qui vivent aujourd'hui et qui vivront demain, il est nécessaire que nous prenions des décisions.

La récente loi relative à la transition énergétique a acté la réduction de 75 % à 50 % de la part du nucléaire dans la production électrique de la France à l'horizon 2025. M. Ronan Dantec aurait préféré que ce soit 0 %...

M. Ronan Dantec. Non ! Vous êtes trop ambitieux !

M. Jacques Mézard. … mais nous ne partageons pas du tout ses conceptions.

Lorsqu'on parle du traitement des déchets radioactifs, il faut aussi être capable de regarder en arrière, et je ne puis me résoudre à oublier le gâchis qu'a représenté l'abandon du réacteur Superphénix.

M. Bruno Sido. C'est vrai !

M. Yvon Collin. Tout à fait !

M. Christian Namy. Eh oui !

M. Jacques Mézard. Il est toujours dramatique qu'un accord électoraliste mette en jeu des intérêts fondamentaux de la nation

M. Yvon Collin. Tout à fait !

M. Charles Revet. Cela a été d'une totale irresponsabilité !

M. Jacques Mézard. De surcroît, nous disposions d'un surgénérateur qui fonctionnait : Phénix (MM. Gérard Longuet, Ladislas Poniatowski et Jean-Pierre Vial opinent.), dont le bilan fut totalement positif.

M. Ladislas Poniatowski. C'est bien de le rappeler de temps en temps !

M. Jacques Mézard. Certes, il s'agissait d'une puissance de 400 mégawatts. La France, mes chers collègues, avait vingt ans d'avance en la matière.

M. Ladislas Poniatowski. Absolument !

M. Bruno Sido. Et elle a tout perdu !

M. Jacques Mézard. Cette avance considérable, nous l'avons perdue. Madame la secrétaire d'État, je souhaiterais d'ailleurs que le Gouvernement nous indique sa position concernant la relance des réacteurs de quatrième génération, autrement dit la surgénération, sur laquelle nos techniciens et nos chercheurs sont performants, et qui présentent l'avantage de consommer une partie des déchets radioactifs.

M. Ladislas Poniatowski. Assurément !

M. Gérard Longuet. Eh oui !

M. Jacques Mézard. On ne nous dit pas quelles sont les conséquences, y compris économiques et financières, de la destruction programmée de Superphénix. Il est bon de se rappeler ce genre de choses, parce qu'il est important d'avoir une vision prospective moderne de ce que doit être la politique de la nation en matière de recherche.

Je suis de ceux qui considèrent qu'il faut des énergies renouvelables. Les membres de notre groupe l'ont toujours dit ! Nous ne sommes pas opposés à ces énergies.

M. Bruno Sido. Personne ne l'est !

M. Jacques Mézard. Nous considérons que la diversité est nécessaire pour garantir demain l'indépendance énergétique. En France, nous avons fait le choix du nucléaire, mais ce choix n'exclut pas les autres sources d'énergie !

Or, s'il fallait, aujourd'hui, mes chers collègues, construire des barrages pour fabriquer de l'électricité, ceux-là mêmes qui appellent à l'arrêt du nucléaire et vantent les éoliennes tout en créant des associations, sur le terrain, pour que ces dernières ne soient pas construites à tel ou tel endroit (Applaudissements sur les travées du RDSE et du groupe Les Républicains. – Mme Anne-Catherine Loisier applaudit également. – M. Ronan Dantec manifeste son agacement.), nous exhorteraient à n'en construire aucun.

M. Ladislas Poniatowski. Bien sûr !

M. Bruno Sido. La bougie !

M. Jacques Mézard. Il y a même aujourd'hui des associations qui se créent pour lutter contre les champs photovoltaïques !

M. Bruno Sido. Oui !

M. Jacques Mézard. La seule attitude sérieuse qui vaille, c'est l'optimisme, la confiance en l'avenir et dans les capacités de notre pays à innover et à être aux avant-postes en matière de recherche. On n'investit jamais assez dans la recherche !

M. Bruno Sido. Très bien !

M. Jacques Mézard. Le texte dont nous débattons aujourd'hui a la particularité d'être « transcourants » : des parlementaires de droite comme de gauche y souscrivent. Et il ne s'agit pas d'angélisme ! Il est bon que, sur des sujets fondamentaux, nous soyons capables de nous rassembler et d'essayer de trouver des solutions.

Appeler à ne rien faire n'est jamais une bonne solution.

En l'occurrence, nous cherchons à avancer, tout en tenant compte de la nécessité de communiquer avec nos concitoyens, ce qui est essentiel. Que ces textes soient portés par des parlementaires issus des départements concernés est aussi un message de responsabilité.

M. Ladislas Poniatowski. Absolument !

M. Jacques Mézard. Dès lors, mes chers collègues, les membres du groupe RDSE voteront cette proposition de loi de manière unanime, et avec conviction. (Applaudissements sur les travées du RDSE, de l'UDI-UC et du groupe Les Républicains. – Mmes Nelly Tocqueville et Delphine Bataille ainsi que M. Jean-Jacques Filleul applaudissent également.)

M. Ladislas Poniatowski. L'évocation du Superphénix a été appréciée !

M. Gérard Longuet. Il renaîtra de ses cendres…

Un sénateur du groupe Les Républicains. On n'aurait jamais dû fermer Phénix !

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