Accueil » Proposition de résolution européenne sur les conséquences du traité transatlantique pour l'agriculture et l'aménagement du territoire

LE TRAVAIL PARLEMENTAIRE DU RDSE<<< Revenir à la liste

Discussions générales

Proposition de résolution européenne sur les conséquences du traité transatlantique pour l'agriculture et l'aménagement du territoire

Intervention de François Fortassin

M. François Fortassin. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'État, mes chers collègues, l'examen de la proposition de résolution européenne sur les conséquences du traité transatlantique pour l'agriculture et l'aménagement du territoire intervient dans le contexte très sensible de la crise de l'élevage, dont l'acuité n'a échappé à personne. En effet, que ce soit dans les secteurs du lait, de la viande de porc, des canards, des oies ou des bovins, la chute des prix a déclenché la colère bien légitime des agriculteurs, qui ne voient pas la fin du tunnel malgré les plans d'urgence qui se succèdent.

Aussi, comme l'indique l'alinéa 12 du texte, il faut « faire en sorte qu'une conclusion éventuelle du partenariat transatlantique pour le commerce et l'investissement préserve les modèles agricoles européen et français dans toute leur diversité d'activités ». C'est en effet bien la moindre des choses. Nos agriculteurs, plongés dans les difficultés que je viens d'évoquer, n'ont vraiment pas besoin d'une enclume supplémentaire au-dessus de leur tête.

En effet, même si aucune étude d'impact n'a été réalisée pour évaluer les effets du traité transatlantique sur l'agriculture, on doit faire preuve de vigilance et veiller à ce que les négociations entre les États-Unis et l'Union européenne s'engagent dans le sens de l'équilibre et de la réciprocité. Comme l'a souligné notre collègue rapporteur, la question agricole est sensible des deux côtés de l'Atlantique. Parmi les secteurs qui pourraient être les plus exposés au traité, la filière bovine concentre toutes les craintes. Il suffit de se remémorer le dossier du bœuf aux hormones ou celui de la vache folle pour mesurer combien chacun cherche, à tour de rôle, à tirer la couverture à lui et avantage de la situation.

Si l'agriculture n'emploie que 2 % de la population active en France, 5 % dans l'Union européenne des Vingt-Huit et 3 % aux États-Unis, la population rurale est encore partout significative. Elle représente un sixième de la population de notre pays et 18 % des Américains vivent en milieu rural. Nous le savons tous ici, l'agriculture contribue à l'aménagement du territoire et, dans certains départements, elle est un vecteur essentiel du dynamisme économique local.

D'ailleurs, il suffirait d'imaginer ce que pourraient devenir les campagnes dans notre pays si l'agriculture venait sinon à disparaître, du moins à régresser considérablement !

Alors, comment aboutir à un traité acceptable pour toutes les parties ? Comment prémunir nos agriculteurs et nos territoires des conséquences de l'écart de compétitivité entre les modèles agricoles européens notamment français, et américain ? Comment concilier les différents modes de production, illustrés, chez nous, s'agissant de l'élevage, par la ferme limousine familiale et, de l'autre côté de l'Atlantique, par la ferme texane aux 100 000 vaches ?

La proposition de résolution issue des travaux de la commission des affaires économiques pose quelques principes fondamentaux auxquels nous ne pouvons qu'adhérer.

Oui, en effet, il faut que les négociations garantissent une réciprocité dans les trois domaines concernés, que ce soit l'accès aux marchés à travers les barrières douanières, la levée des obstacles non tarifaires et, enfin, les règles de concurrence.

Le deuxième domaine est celui qui pose le plus de difficultés, car la levée des obstacles non tarifaires touche à des acceptations collectives très différentes, en matière sanitaire, phytosanitaire ou réglementaire, selon que l'on soit européen ou américain. Pour être plus précis, c'est le principe de précaution contre la preuve par la science. C'est le fromage au lait cru, qu'un très grand nombre de mes collègues apprécient tout particulièrement (Sourires.),…

Mme Sophie Primas, rapporteur. Nous l'apprécions tous !

M. François Fortassin. … contre les savons en pâte fondue ! (Nouveaux sourires.) C'est le poulet fermier contre le poulet aux hormones,…

M. Jean-Claude Requier. Voilà !

M. François Fortassin. … qui a pour caractéristiques de n'avoir pas de goût et d'être porteur de tous les vices et de toutes les maladies possibles : en en mangeant, on court les plus grands risques sur les plans médical et sanitaire… ce qui n'en empêche pas une consommation importante.

Dans ces conditions, il est bien évident que les négociations risquent de buter. Pour autant, il n'est pas envisageable de renoncer aux standards qui sont les nôtres et vers lesquels convergent les agriculteurs européens.

C'est pourquoi la proposition de résolution va dans le bon sens, en invitant le Gouvernement à œuvrer pour la préservation de ces préférences collectives.

Je partage aussi le principe consistant à garantir le système européen de qualité, notamment les indications géographiques, qui sont un élément fort de la valorisation des produits européens, en particulier français.

À ce propos, je dois dire que la meilleure défense que nous aurons consistera à mettre en valeur la qualité des produits français issus de notre agriculture. Nous devons aussi balayer devant notre porte, si je puis dire : si, globalement, les produits issus de l'agriculture française sont d'excellente qualité, il n'en reste pas moins vrai qu'il peut y avoir, ici ou là, quelques productions défaillantes, qui plombent le reste de la production. Nous devons être très vigilants, car ce n'est pas en multipliant les chaînes de restauration qui délivrent, au mieux, de quoi étancher sa soif, mais certainement pas ce que j'appelle, moi, de la nourriture – je souhaite bon appétit à ceux qui fréquentent ces restaurants, où je ne mets que très peu les pieds – que les choses s'arrangeront ! De toute façon, c'est un modèle qui est très défavorable à l'agriculture traditionnelle.

Enfin, le texte n'oublie pas la forme des négociations du traité transatlantique, en invitant notamment à plus de transparence sur le contenu des discussions. C'est une bonne chose. Au mois de novembre dernier, le Premier ministre s'était dit inquiet de voir l'opinion croire à une « négociation cachée ». Si l'on ne veut pas alimenter la méfiance, il faut ouvrir encore davantage ce qui est ouvrable, sans, bien sûr, méconnaître les impératifs de confidentialité.

Mes chers collègues, la présente proposition de résolution européenne invite le Gouvernement à prendre en compte les intérêts européens et donc français. C'est la raison pour laquelle les membres de mon groupe du RDSE, à l'unanimité, l'approuveront. (Applaudissements sur les travées du RDSE et du groupe CRC ainsi que sur quelques travées du groupe socialiste et républicain. – Mme Élisabeth Doineau et M. Jean-François Longeot applaudissent également.)

M. Daniel Raoul. Bravo !

<<< Revenir à la liste